"Match référence" : voilà une expression que l’on entend beaucoup dans la bouche des entraîneurs, des joueurs et que l’on retrouve souvent reprise par la presse spécialisée.
LA NOTION DE " MATCH REFERENCE " EST-ELLE UN MYTHE OU UNE REALITE ?
Pour bien comprendre, il faut d’abord noter que notre mémoire ne retient que les relations de cause à effet qui ont fonctionné et oublie celles qui se sont avérées totalement infructueuses. Nous y reviendrons un jour, mais on constate par exemple que le prétendu " choc psychologique " du changement d’entraîneur ne fonctionne qu’une fois sur deux lors des dernières saisons, autant dire qu’on ne sait pas s’il fonctionne.
C’est dans ce type de discours jamais vérifié que l’on construit des croyances et des représentations qui finissent par faire prendre des hasards pour des solutions.
On a donc oublié que nombre d’équipes qui ont parlé de " match référence " ont ensuite sombré dans de multiples échecs. Mais cela, personne ne s’en souvient et surtout pas ceux qui l’ont dit.
QUE VOUDRAIT DIRE " MATCH REFERENCE ?
Cela signifie en gros qu’après un passage moyen, voire mauvais, une équipe peut sur un match dit " référence " (une victoire souvent probante) retrouver la confiance en elle et en son collectif. Ces retrouvailles avec la confiance seraient donc le gage qu’une nouvelle dynamique est possible et que l’on pourrait profiter de ce capital acquis en une fois pour surfer de nouveau vers la réussite. La confiance pouvant revenir tant au plan collectif qu’au plan individuel.
L’idée en soi n’est pas sotte mais elle trouve une limite certaine : çà ne marche pas à tous les coups, loin s’en faut. Toute équipe a, au cours d’un championnat, un ou plusieurs match qui peut devenir " match référence ". Partant de ce principe, ils pourraient tous être champion ou ne pas descendre. C’est un raisonnement par l’absurde qui montre aussi l’absurdité de l’affirmation.
QUEL EST LE PROBLEME ?
Le problème de fond est celui de la confiance des individus et du collectif. Comme une fois de plus, on ne sait pas travailler sur ce volet, on espère et on invoque des solutions magiques, toujours les mêmes, rassurantes quand on les évoque mais inquiétantes quand on en voit le résultat.
Le management du footballeur et du collectif dispose de tous les outils pour travailler sur le potentiel confiance, mais faut-il encore qu’ils ne soient pas ignorés.
L’éducation a mis des années à admettre que la confiance était un capital essentiel de l’apprentissage et des progrès. Alors que la psychologie démontrait de façon argumentée que la confiance se travaille avec des outils de renforcement positif, l’ensemble des éducateurs continuait à produire des pratiques de renforcement négatif. Et nous en sommes toujours là !
De pratiques militaires en " Académy " télévisées, on finit par croire que le " savon ", l’admonestation, " le remontage de bretelles " restent l’alpha et l’oméga d’une pratique managériale efficace. S’il en faut de temps en temps (rien ne doit être exclu) cela ne devrait jamais constituer une pratique systématique car elle est finalement inopérante.
Alors pourquoi continuer ? Parce que l’on a peur.
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On a peur de perdre l’autorité, comme si celle-ci avait quelque chose à voir avec cela.
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On a peur que trop de confiance donne la grosse tête ? Une fois encore, le " bon sens " de cette peur est totalement faux. Les personnes qui s’affirment comme étant les meilleurs, qui semblent être gagnées de mégalomanie, d’un complexe de supériorité sont justement celles qui ont le moins confiance en elles. C’est par cette attitude qu’elles tentent de lutter contre leurs incertitudes et leurs doutes.
Faire gagner de la confiance à un joueur et à un collectif n’est donc pas prendre le risque de voir pousser le melon. C’est une arme essentielle de la réussite collective. C’est aussi une sorte de devoir à l’égard de ceux qui travaillent et s’investissent pour réussir : les footballeurs ne seraient-ils pas de ceux-là ?
Yvon TROTEL |