La réponse est évidemment oui !
Les deux principaux handicaps se situent à deux niveaux :
1. Au niveau du joueur contestataire et de son équipe
- Passons rapidement sur le carton jaune qui peut être issu d’une contestation. Il est de la responsabilité des staffs de décourager ce type d’attitudes. On peut d’ailleurs souhaiter que ces attitudes soient plus fréquemment sanctionnées par l’arbitrage.
- Le défaut de replacement. C’est un des handicaps les plus lourds. Le football se joue à 11 et mentalement les 11 joueurs doivent être disponibles sur le terrain que ce soit en phase offensive ou en phase défensive. 11 joueurs mentalement disponibles, ce n’est pas de trop et c’est ce qui fait la force des plus grands. La contestation par un joueur et encore plus par plusieurs joueurs créée une déconcentration et une énorme perte de temps dans le replacement opérationnel. Pendant un temps, le joueur ou les joueurs ne sont plus dans la partie. On a d’ailleurs souvent vu des coups francs joués par l’équipe adverse qui a su profiter de la désorganisation générée par la contestation individuelle ou collective. Encaisser un but de cette manière est coupable. Délester une défense pendant quelques secondes au cours d’une phase défensive est tout aussi coupable que de ne plus offrir de possibilité en phase offensive. Et nous pourrions poursuivre la liste : ne pas être immédiatement disponible pour réaliser un mur, ne pas être replacé après un hors-jeu….
2. Au niveau de l’arbitrage.
Avant toute chose il n’est pas inutile de rappeler quelques évidences. L’arbitre est un être humain. S’il fait tous les efforts possibles pour être impartial, cette impartialité est soumise au moins à deux contraintes :
- Le temps de réaction. On peut considérer que le temps de réaction visuel minimal est de l’ordre de 15/100 de seconde. Cela fait plus d’un dixième de seconde. Outre ce temps de réaction, il faut également intégrer un temps de décision, certaines situations ne pouvant relever du simple réflexe. La mécanique humaine est donc assez fiable, mais avec certaines limites. Dans les phases complexes de jugement, il existe donc très souvent un doute et pour qu’une décision soit certaine, il faudrait l’appui d’une machine.
- Prenant en compte cette première contrainte, il faut donc admettre que des facteurs psychologiques interviennent nécessairement, puisque les facteurs physiologiques sont malgré tout un peu approximatifs.
Si l’on comprend bien ces deux éléments, on voit bien que la décision de l’arbitre répond de temps en temps à des données plus irrationnelles que rationnelles et il peut difficilement en être autrement.
L’arbitre, être humain, se trouve souvent soumis à des frustrations. Les contestations inconsidérées, voire irrévérencieuses d’un joueur et plus encore la répétition de ces contestations par un même joueur entraînent une frustration majeure. Cette frustration a des incidences inconscientes pour tout juge.
Qui peut penser qu’inconsciemment (nous n’envisageons aucune vengeance consciente), lors d’une phase litigieuse, la décision de l’arbitre n’aura pas tendance à aller à l’encontre du joueur récidiviste dans la contestation ? Personne, si l’on parle bien des phases litigieuses et non des phases limpides.
Un joueur qui conteste sans fondement, qui plus est de façon répétée, n’encoure aucune sanction et l’on finit par admettre que ces attitudes font partie du folklore du football, au même titre que prendre le ballon à la main pour ne pas le rendre ou avancer le ballon de quelques centimètres lorsque l’arbitre a les yeux tournés. Mais c’est un autre sujet sur lequel nous reviendrons.
Il ne faut jamais oublier que la contestation a une utilité sur le terrain : c’est pour certains joueurs la façon de reporter sur l’autre une erreur de placement, une mauvaise option de jeu, un mauvais contrôle, un mauvais geste… C’est une façon d’évacué sa propre frustration sur un bouc émissaire. Mais connaître ce mécanisme de défense n’est pas forcément l’approuver. Bientôt, nous consacrerons un dossier à un sujet très délicat : «A qui profitent les erreurs d’arbitrage : à tout le monde ! »
Il reste que certaines décisions d’arbitrage sont contestables. C’est vrai et il est du rôle d’un personnage dont on oublie petit à petit l’importance – le capitaine de l’équipe – d’interpeller l’arbitre sur l’erreur commise. Mais cela nécessite deux conditions : une certaine correction, mais surtout que cette interpellation se fasse à un moment où la question de la rapidité du replacement n’est pas enjeu. Donc, cela se fait nécessairement à froid.
Utopie ? Il ne nous semble pas. L’utopie est de croire que la contestation peut changer quelque chose : que l’on m’en donne un seul exemple ? Changer, c’est admettre qu’une clé qui ne rentre pas dans une serrure est une mauvaise clé et qu’il est inutile de vouloir toujours ouvrir cette porte avec cette mauvaise clé. |