La cyclothymie. Pour faire simple, disons que la cyclothymie est une variation de l'humeur qui alterne entre des phases d'euphorie et des phases de détresse. Chaque personne est plus ou moins cyclothymique. En phase d'euphorie la personne se sent très active, très dynamique, pleine d'énergie et voit les choses avec beaucoup d'optimisme : c'est une phase qui peut être très productive. En phase de détresse, la personne éprouve le sentiment que tout est difficile, pénible, qu'il faut faire d'énormes efforts pour réaliser quelque chose et voit les choses avec un certain pessimisme : c'est une phase souvent peu productive.
Quel rapport existe-t-il entre la cyclothymie et le football ? Le football est un sport de compétition qui a - comme certains autres - la particularité de se jouer sur de très faibles scores. Si l'on exclut quelques exceptions de scores fleuves, la moyenne du nombre de but en championnat se situe en général entre 2 et 3. La conséquence de cela est que chaque but prend une importance absolument considérable :
- Le but marqué donne naissance à tout un enchaînement émotionnel où l'on trouve l'explosion de joie des spectateurs supporters, l'explosion de joie du buteur, de ses partenaires, du banc... C'est une véritable euphorie qui s'empare alors de tous les acteurs. Entendons-nous bien, cet enchaînement de réactions émotionnelles euphoriques dépend bien évidemment du contexte (une équipe menée au score 3 à 0, n'aura pas ce type de réaction si elle revient à 3 à 1). Cette réaction est d'autant plus forte que le but marqué semble rapprocher de la victoire.
- Le but encaissé donne naissance à un autre enchaînement émotionnel. Le public supporter reste muet, l'abattement et la détresse peuvent se lire sur le visage du goal, de la défense, des autres partenaires, du banc... Mais une fois encore, cela dépend du contexte et devient d'autant plus vrai que l'on se rapproche du match nul ou de la défaite.
- Le but manqué entraîne lui-même un enchaînement émotionnel : réaction du public qui se lève, se prend la tête, sent la détresse, réaction du joueur qui n'a pas marqué qui lui-même montre des signes de détresse, de solitude, réaction des partenaires qui peuvent aller jusqu'à reprocher le choix de celui qui a échoué... Encore une fois, cela dépend du contexte.
On comprend bien qu'un panier marqué au basket-ball, un point au volley-ball, un but au handball, voire même un essai au rugby ne représentent pas un phénomène comparable.
Compte tenu de la spécificité du but de football et des enjeux de ce sport, les mécanismes émotionnels sont par nature très différents.
En quoi les excès peuvent-ils être pénalisants ? Pour comprendre cela, il faut rappeler une des particularités de la cyclothymie. En effet, l'on sait aujourd'hui que l'intensité des phases de détresse dépend en grande partie de l'intensité des phases d'euphorie qui l'ont précédées. Autrement dit, plus l'euphorie sera importante, plus la détresse sera importante.
- La première conséquence de cela est que l'explosion émotionnelle qui conduit à une euphorie excessive pourra rapidement par la suite (si l'équipe encaisse un but) se transformer en une détresse elle-même excessive. Donc, s'il est important de célébrer un but marqué, cette célébration doit rester dans des proportions émotionnelles raisonnables.
- Par ailleurs, s'il faut reconnaître que l'euphorie raisonnable présente des vertus (impression de facilité, optimisme), l'excès d'euphorie présente de nombreux défauts (perte d'une certaine capacité d'attention à l'environnement, perte de lucidité et perte des capacités de recontenration) notamment lorsqu'elle atteint des sommets.
- A l'inverse, on comprendra aisément que la phase de détresse est bien évidemment très pénalisante (impression d'impuissance, difficulté à poursuivre des efforts constants, abattement, perte de lucidité...);
L'enjeu dans ce domaine consiste donc à trouver une certaine forme d'équilibre en excluant les excès désastreux de la cyclothymie. C'est en particulier dans la célébration des buts marqués, dans l'attitude collective lors des buts encaissés ou lors d'occasions manquées que ces facteurs se travaillent d'une façon très concrète. |