Ceux qui nous connaissent le savent : nous ne partageons pas l'enthousiasme populaire pour la Coupe de France ou, plus exactement l'hystérie qui entoure cette bien triste compétition. Triste, oui, quand nous voyons le piètre sérieux qu'une équipe comme Lille peut y mettre. Ajoutons le ton misérabiliste des commentaires et le tout nous paraît proprement misérable.
Tirage au sort ringard
Ce n'est pas sur le terrain que le misérable a atteint des sommets ce week-end, mais sur les écrans de télévision. Une grande chaîne de sport, plutôt de bonne qualité habituellement, se dévoue donc (peut-être s'est-elle même battue) pour retransmettre le tirage au sort en direct.
C'est sans doute le spectacle le plus affligeant qu'il est donné de voir sur les écrans. On se croirait télétransporté 50 ans en arrière dans une émission de télécrochet animée par le remplaçant de l'amuseur public local victime d'une mauvaise grippe.
Tout sent le vieux, le poussiéreux, le décalé, le décati. Une scène ringarde, des traits d'humour tracés au rouleau compresseur, un rythme de tortue, un suspens surfait, une ennui... Un ennui...
Heureusement que l'on nous sert quelques pages de publicité pour nous rappeler que nous sommes en 2010.
Misérable et pitoyable. Les questions de fond sont essentiels puisqu'il s'agit de savoir si le troisième président délégué de l'équipe de Tartampion est disponible pour faire une déclaration qui marquera l'histoire du football et des médias.
Le sujet du jour est encore plus intéressant : qui est le « petit Poucet » ? Car il y en a plusieurs et il faut bien attribuer le titre à quelqu'un ?
Que vient faire le « petit Poucet » là-dedans, qui n'a rien demandé à personne. Il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre l'histoire du « petit Poucet » et le fait d'être l'équipe la moins gradée de la Coupe de France. L'histoire de David et Goliath serait sans doute plus près de la réalité, mais sa consonance religieuse peut choquer. Il ne sera pas compliqué de trouver une autre expression dans la mythologie ou les contes occidentaux, mais cela demanderait un certain effort, voire une certaine culture, ce qui fait beaucoup de contraintes pour un journaliste sportif.
Heureusement il y aura eu un peu de spontanéité. On tire le PSG, puis l'adversaire du PSG et là, le tireur fait une remarque du type « facile ». Cà sort du fond du coeur et c'est tant mieux. Et tant pis pour le club désigné comme une proie facile. Au fait, c'était qui déjà ?
Puis on se lâche vraiment, on entend parler des « gros », qui ne sont gros que parce qu'il peuvent apporter un peu d'audience TV à cette misère.
Il faut une drôle de dose d'abnégation pour ne pas zappé, mais supporter le pire fait partie des contraintes que l'amateur de foot doit apprendre à apprivoiser : çà peut arriver plusieurs fois par mois.
Mais que faire de cette Coupe de France ?
Pour nous, la solution la plus simple est de laisser en place les deux coupes, mais pas sous leurs formes actuelles. Le Coupe de la Ligue pour les clubs professionnels et la Coupe de France pour les clubs amateurs. On pourrait même créer une SuperCoupe qui opposerait le vainqueur de chacune des coupes.
On nous dira que le folklore y perdra, que l'on aura plus ces belles histoires.
Quelles belles histoires ? Colmar qui élimine une équipe de bras cassés qui a autre chose à faire que de jouer les faire-valoir dans l'est de la France.
Non, le problème est ailleurs. La Coupe de France serait-elle encore retransmise ? Par qui ? Pourrait-on encore ouvrir les journaux sur le marronnier du « petit Poucet » que l'on nous sert régulièrement comme une soupe populaire et populariste, pour ne pas dire populiste ? Populiste, oui, cette idée de voir le petit vaincre le grand, comme si le football devait être le support de toute les frustrations quotidiennes et le symbole de l'égalité sociale ou du délire égalitaire.
Oui, le vrai problème est un problème de chiffres d'affaire, de retombées financières. Et c'est pour cette raison qu'il faudra sans doute encore supporter longtemps cette mascarade sportive.
Beaucoup de populisme + beaucoup d'intérêts financiers = une manipulation et un dévoiement du sport. Le fait que cela plaise n'est pas une objection : les jeux du cirque étaient également très populaires, cela n'en faisant pas pour autant un spectacle digne.
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